Author Archive
lesoir.be
Bas du formulaire
SPECTACLE «L’aile du papillon» à la Balsamine De la pédagogie créatrice: ados lyriques
FRICHE,MICHELE
Page 10
Vendredi 29 mai 1998
SPECTACLE «L’aile du papillon» à la Balsamine De la pédagogie créatrice: ados lyriques
La panique, l’émotion pour ces filles et garçons d’une quinzaine d’années qui foulent les planches pour la toute première fois de leur vie! Dans la salle de la Balsamine, leurs copains attendent, sages et accueillants… Toute l’équipe est là, prête à jeter la bouée, un geste par ici, un mouvement des lèvres par là: Samir Bendimered le compositeur et metteur en scène, Laurent Demoulin le librettiste, Jammal Larbi le chorégraphe… et tous ceux qui ont imaginé cette invraisemblable aventure qu’est la création d’un opéra pour et par des adolescents qui n’ont jamais vu une partition de leur vie. Pendant un an, à raison d’une heure et demie par semaine, trois classes ont mis la main à la pâte de cette «Aile du papillon», trois écoles de chaque réseau selon le voeu de la Cocof qui soutient le projet (1): l’athénée Madeleine Jacquemotte, l’école Saint-André et l’institut technique Marius Renard. Pour ces jeunes en zones d’éducation prioritaire, l’opéra fut d’abord sujet de moquerie, puis chacun a mis le doigt dans l’engrenage de la création, de la scène aux coulisses. Le livret et la partition se sont écrits selon leurs propositions, et c’est bien leur univers qui s’est joué et chanté à la Balsamine, ce jeudi après-midi.
Sur le plateau, des traces d’une ville, désertée par les adultes: caddie rouillé, papiers, bidons, échafaudage… Cheveux hirsutes, costumes de tout temps, des gamins établissent un début de dialogue par la percussion sur les bidons, des gamines déboulent, elles ont faim, ne reste qu’une conserve pour chat. Le chat, son instinct lui dit ce qu’il doit faire, mais nous? D’autres ont froid. On ne brûlera pas plus la télé que la carte de pointage du père. Solitude. Perdu, foutu… Allô maman? Et c’est la danse en choeur des corps épuisés. De brèves répliques suffisent à épingler les angoisses, les affrontements des privilèges et des manques. Sur la passerelle, d’étranges filles aux couleurs vives laissent entendre de douces mélodies, l’une se confiera à son violoncelle. Des papillons? Elles écoutent, observent, compatissent… Une heure plus tard, la tolérance et le partage auront fait leurs premiers pas, mais l’on interrogera toujours allô, maman?
En matière d’opéra, tous les ingrédients traditionnels y sont: solistes, choeurs, danses, dialogues parlés et petit orchestre formé par une dizaine d’élèves d’écoles de musique sous la baguette de Thierry Fievet. Faudra veiller à l’équilibre du chant et des instruments qui mangent trop souvent les voix fragiles, à peine sorties de leur chrysalide. Samir Bendimered leur a offert une texture musicale qui s’insinue vite dans l’oreille, qui mêle des courbes de comptines et des éclats plus percussifs, avec très peu de concessions à la techno, à la variété du monde de ces adolescents. L’exigence y a ses droits. Ce n’est évidemment pas la performance des uns et des autres qui compte ici, mais cette démarche aboutie d’un processus de création totale, dans un monde ignoré jusqu’alors, où l’on a appris que chaque morceau du puzzle était indispensable, que l’écoute et donc le respect de l’autre étaient une nécessité incontournable…
MICHÈLE FRICHE
(1) Avec l’aide des services techniques de la Monnaie, de l’Académie de Watermael-Boitsfort, de la Balsamine.
Balsamine, les 29 mai, à 14 et 20heures; le 30, à 15 heures. Tél.: 02-229.13.75.
Dido & Aenaeas. Par l’ensemble vocal ‘Andantino’ et instrumental ‘Acanthes’. Mai 2004. Bruxelles
Pour écouter, ou télécharger, cliquez ci-dessous
01 Dido & Aeneas01 Ouverture
02 Dido & Aeneas02 Soprano: Piroska Vishneyi et choeur
03 Dido & Aeneas03 Banish sorrow, banish Care
04 Dido &Aeneas04 Soprano: Laurence César
06 Dido& Aeneas06 When Monarchs units
08 Dido & Aeneas 08 Soprano Piroshka Vishneyi Soprano, Mezzo-soprano Christine Müsche
10 Dido & Aeneas 10 Cupids only throw the dart
15 Dido & Aeneas 15 Harm’s our delight
16 Dido & Aeneas 16 Soprano Diana Gonissen, Mezzo-Soprano Joëlle Charpentier
Ultima Passegiata. Alexandre Furnelle
Pour écouter ou télécharger, cliquez ci-dessous
Drolatorio, pour Choeur, orchestre et solistes. Musique de Samir Bendimered, sur des textes de Raymond Queneau ( Extraits des exercices de styles) création par le Choeur ‘La Vaubane’ des Facultés Notre Dame de La Paix, Namur, Cathédrale St Loup, Mai 1994.
Pour écouter cliquez ci-dessous
Choeur ‘ La Vaubane’ des Facultés Notre Dame de la Paix. Namur
La Vaubane
03 3 Drolatorio Sop et Baryton Air
Soprano Margarida Natividad. Baryton Thierry Vallier
La Vaubane
René Demeyer. Baryton basse
Anne Mitchel. Mezzo-Soprano
La Vaubane
OYME
Pour un peu faire frétiller vos oreilles, voici un avant goût de notre maquette de démonstration;
L’ensemble Oyme c’est:
Christine Lamy, Chant
Yan Drewski, Sax
Alexandre Furnelle, Contrebasse
Samir Bendimered, piano
Vocamorphose
Vocamorphose
ensemble A cappella
Pour écouter cliquez ci-dessous
Laurence César soprano, Joëlle Carpentier, Mezzo-Soprano, Perrine Ledent Alto1, Michelle Wortelaers Alto 2,
Mohamed Elhourairi Ténor, Gaëtan Wenders Baryton, Jean-Marc Delhausse Basse, Gaspard Herblot Beatbox.
Bendimered Samir Arrangements et direction Artistique.
Vocamorphose
Pourquoi ce projet ? Tout démarre d’une envie de chanter entre copines. Depuis longtemps, j’avais dans l’idée de faire des reprises « a capella » de tubes des années 70 et 80, ces chansons passées dans l’esprit collectif et qui nous ont parfois « sciées » à force d’écoute. Je parlais de ce projet de manière un peu hypothétique et voilà que deux amies comédiennes embrayent et marchent avec moi. Après quelques mois, je décide d’une réunion pour voir qui est toujours partant et je communique ma réelle envie d’en faire un projet chant-théâtre et de le lancer pour une présentation en septembre 2010. Par diverses rencontres, sont venus se rajouter un pianiste-arrangeur et quatre autres comédiens et/ou chanteurs, ce qui fait de nous une véritable troupe. Le programme s’est également et progressivement étoffé pour débordé sur les années 90 et même du classique baroque. Ce qui m’intéressait au-delà de l’envie de chanter, c’était de transformer ces musiques et chansons, de changer leur rythme, leur couleur, de faire d’un morceau pop un chant cathédral… Donner une autre dimension à des chansons dites légères mais dont pourtant les paroles sont parfois dures, profondes, revendicatrices… Voilà la genèse de ce projet, qui nous et vous réserve bien des surprises.
Pourquoi deux formes du projet ? La première est un ensemble concert ou les morceaux seront juste interprétés et ou les voix seront mises au premier plan. Il y aura donc très peu de jeu de comédien. Cette forme s’est imposée en cours de travail car nous avions une échéance de présentation pour le « Festival des chœurs » pour lequel, il était plus logique de se présenter comme tel.
La seconde forme sera beaucoup plus théâtrale. Au-delà de l’aspect choral, une histoire est née liant des personnages aux situations décrites dans les textes. Cette histoire ne sera pas racontée entièrement mais elle nous permettra d’être cohérents par rapport aux choix des chansons. Chaque personnage donnera des bribes de sa vie en chantant. Nous n’en sommes bien évidement qu’au balbutiement de cette partie du travail, nous concentrant principalement sur notre concert de septembre mais un metteur en scène viendra par la suite mettre en image nos pérégrinations musicales.
Présentation de la troupe
Samir Bendimered : musicien, compositeur, chef de chœur.
Joëlle Carpentier : maquilleuse
Perrine Ledent : comédienne
Muriel Denis: comédienne, chanteuse
Gaëtan Wenders : comédien
Laurence César : comédienne et chanteuse lyrique
Mohammed Elhourairi : chanteur
Gaspard Herblot. Beatbox
Jean-Marc Delhausse: Comédien et chanteur
CV
Joëlle Carpentier Mezzo-Soprano
Maquilleuse de théâtre depuis une vingtaine d’années, Joëlle Carpentier a participé à une soixantaine de projets théâtraux et à certain d’entre eux comme administratrice et assistante à la mise en scène. Elle a travaillé durant 5 ans pour la Compagnie « Point Zéro » aujourd’hui en résidence à la Balsamine. Mais elle n’est ni chanteuse, ni comédienne et se lance à corps « perdu » dans la « Vocamorphaventure ».
Perrine Ledent Alto
Voilà bien 15 ans que Perrine foule les planches de nombreuses salles de théâtre en Belgique et ailleurs. Son dada : le théâtre « Jeune public », dans lequel elle sévit régulièrement !Un jour, son envie de découvrir ses capacités vocales (« chante-nous ce que tu as dans le ventre petite ! ») lui fait pousser la porte d’une académie et s’inscrire au cours de chant de Nathalie Borgomano. Trois ans plus tard, la voilà embrigadée dans la folle et fun bande des « Vocamorphose », et en route pour une exploration sans fin des mystères de la polyphonie.
Gaëtan Wenders Baryton
Comédien professionnel depuis une vingtaine d’années, Gaétan Wenders joue au théâtre, cinéma, TV en Belgique et en France essentiellement. Il participe régulièrement à des pubs (voix et audio-visuel), pour faire bouillir la marmite de sa famille nombreuse. C’est suite à un spectacle de théâtre-chant, sur une partition de musique contemporaine de LUCIANO BERIO, »A-RONNE II », qu’il éprouve l’envie de chanter avec des amis en chorale. Il s’agit de sa première expérience du genre.
Laurence César Soprano
Premier du conservatoire en théâtre en 1980. A joué notamment sous la direction de : Henri Ronse, Michel Dezoteux, Marcel Delval, Elvire Brison, Pierre Jaccaud, Hélène Theunissen…. A tourné dans quelques films et téléfilms : Pentimento de Tonie Marshall, JennY Marx, Michel Wyn, Sauer Krabbe de Gilles Béhat….. A suivi des cours de chant avec Paule Daloze et Samir Bendimered. A chanté notamment, en temps que soliste (Soprano la messe en si de Bach, Didon et Enée de Purcell, des quintet de Monteverdi, le gloria de Vivaldi….
Mohammed Elhourairi Ténor
Né en 1981, ce jeune chanteur Soul s’est inspiré des grands artistes de la Motown tels que Stevie Wonder, Marvin Gaye, Luther Vandross,… Mais aussi d’artistes plus contemporains comme Eric Bénet, Musiq, D’angelo,… A partir de l’âge de 20 ans, il décide de se lancer dans le gospel et rejoint une formidable chorale multiculturelle. Son parcours musical s’enrichit par le chant et les percussions orientales en suivant des ateliers en 2009 avec Marwan Zoueni mais également le Jazz au travers de participations à des « singers nights » au Music Village et au Sounds à Bruxelles. Afin de parfaire sa connaissance en Gospel, il s’est perfectionné lors de stages donnés par Didier Likeng ainsi que lors de sa collaboration au concert Gospel For life 2008 (Basilique de Koekelberg). Depuis lors, il fait son bout de chemin artistique avec le groupe jazzy-soul Cold Fusion.
Jean-Paul Delhausse Basso
Après une licence en philologie romane, il opte pour le théâtre. Premier prix d’art Dramatique, il joue dans des projets très variés, du Théâtre National à la Samaritaine, de Scapin à Oreste, de Brecht à Cormann, en passant par le jeune public et la chanson avec Emilie jolie. Il travaille également dans le milieu du doublage, comme comédien et comme directeur artistique. La chanson occupe une part importante de son activité, notamment avec Credo ma non troppo, chansons a capella tendrement rebelles. Et maintenant, Vocamorphose…
Bendimered Samir Direction artistique
Pianiste, compositeur, chef de chœur. Écris plusieurs opéras, et musiques de chambre. Formé à la direction au Centre international de Chant Choral, à Namur. Dirige le chœur universitaire de Namur, et actuellement dirige l’ensemble vocal ‘Andantino’ et l’ensemble instrumental ‘ Acanthes’. Avec Joëlle Carpentier, il crée l’ensemble ‘ Vocamorphose’ pour lequel il écrit les arrangements du programme années 80’.
Gaspard Herblot Beatbox ( myspace.Gaspardbeatbox)
Gaspard Herblot Comédien, jongleur, beatboxer, Gaspard oscille entre la culture hip hop et les Arts du Cirque. Parallèlement à diverses formations en Académies de chant et école de Théâtre Gestuel (pédagogie Lecoq), Gaspard suit une formation pédagogique à l’institut Dalcroze. Durant son apprentissage, il développe une pratique autodidacte mais rigoureuse du Diabolo et du Bâton du Diable, des Percussions Buccales et des Acrobaties Vocales. Rappeur, slameur, parolier, il explore une «écriture de l’oralité», empreinte d’effets phoniques et rythmiques
Pour le programmateur
Vocamorphose
Cette troupe de 8 chanteurs et/ou comédiens délient, torturent et mettent en « polyphonie» des tubes des années 70 et 80. Sortez vos habits de lumière et venez avec vos « Oups, sheba, zoup, wizzzzzz…. ».
Programme du concert
Our House – Madness
Englishman in New York – Sting
Lamento – Purcell
Babushka – Kate Bush
Stand by me – Ben E. King
Papa was a rolling stone – Temptation
Angel Eyes
Roof garden Al Jarreau
Proud Mary, Ike & Tina Turner
My Baby just cares for me. Nina Simone
Oblivion Piazzola
Cours collectif de Jazz
Pour télécharger la partition d’Angel Eyes et de Stand by me cliquez ci-dessous:
Béatrice: Soprano Stefano : Ténor
Muriel: Mezzo-soprano Robin: Baryton
Anne: Alto
Paru dans la Revue ‘Trace de Changements’
Je suis arrivé à 18 ans en Belgique et je pratiquais déjà la musique depuis l’âge de 4 ans. J’avais suivi le solfège en Algérie, une formation plutôt « arabo-andalouse ». Je me débrouillais bien en piano, guitare et luth. Mais mes aspirations étaient plutôt de devenir jazzman.
Quand je suis arrivé en Belgique, avant de penser musique, j’ai d’abord dû gagner ma croute. J’ai alors travaillé comme animateur au Foyer des Jeunes à Molenbeek. J’ai ensuite été engagé comme musicien par un théâtre pour enfants et j’y ai appris à devenir acteur, ce qui m’a permis d’animer des ateliers théâtre avec des enfants de fin d’école primaire, dans des écoles de type ZEP. Je montais des spectacles avec eux, de l’écriture à la réalisation finale.
Je me suis rendu compte assez vite que je manquais de bases musicales solides (harmonie, solfège, contrepoint) pour avancer dans ce travail d’écriture. J’ai donc repris des cours en académie et au conservatoire. Je découvre l’opéra qui me fascine véritablement et l’idée de monter un opéra pour enfants s’impose de plus en plus. Je commence par l’adaptation de Obéron de WEBER, un conte féérique avec, notamment, Charlemagne et le Roi Arthur !
Je me lance ensuite dans l’écriture d’un opéra : Mathilde pour l’ouverture du théâtre Le public à Bruxelles. Je mets aussi en scène l’opéra Cendrillon de Maxwell DAVIES, avec des enfants de l’Académie de Boitsfort et des gosses de la rue. La Monnaie me propose de travailler à l’écriture d’un opéra-ballet L’aile du papillon dans des classes de trois écoles de Bruxelles. J’anime des « mises en situation » avec ces jeunes du début du secondaire, accompagné d’un écrivain chargé de rédiger le livret (l’histoire, les dialogues de l’opéra). Ces dialogues sans tabous seront la trame du livret. Je m’occupe de la musique et de la mise en scène. Les enfants ont participé à cette écriture, certains même sont montés sur scène, après d’âpres négociations. Le bénéfice fut évident : valorisation, prise au sérieux, engagement. Leur intégration dans la vie scolaire en a profité aussi !
StarAc et MOZART
Ma rencontre avec le comédien Ben HAMIDOU fut un tournant. Dans le cadre des projets-contrats de quartier, il me propose de créer des ateliers de musique à la Maison des Cultures et de la cohésion sociale de Molenbeek. Cette Maison se veut un pôle d’ouverture et tente de décloisonner le quartier, essaye de dépasser la culture marocaine dominante. Y venir avec de la musique classique et contemporaine de surcroit était un superbe défi. Nous avons ainsi rassemblé 30 personnes, de 12 à 70 ans, plus sensibles à la StarAc ou à Notre-Dame de Paris qu’au requiem de MOZART. Des ateliers-vocalises s’installent pour travailler la voix. À notre grande surprise, les jeunes en redemandent. Surtout après la venue d’une chanteuse professionnelle qui les fit vibrer (les vitres en parlent encore) en leur présentant des airs d’opéra. Les spectateurs étaient scotchés et ont demandé des CD avec des airs d’opéra.
Un musicologue est venu expliquer le requiem aux femmes marocaines. Ce fut l’occasion de comparer les différents rites et cérémonies de funérailles dans nos cultures.
L’idée de monter un opéra se fit jour. Et pourquoi ne pas partir de leur rêve de StarAc. Gennaro PITISCI se mit à l’écriture du livret. Pendant ce temps, les futurs acteurs visitent le théâtre de la Monnaie et ses ateliers de confection, de décors et de costumes. Avec l’aide de musiciens professionnels (le Quatuor DANEL, basé à Molenbeek) et de musiciens du Conservatoire, l’opéra La Marche des Anges est monté sous chapiteau. 1000 entrées. Tout le quartier est venu assister au spectacle.
Forts de cette expérience, nous avons décidé d’ouvrir un atelier-opéra à Molenbeek, grâce à un subside récurrent de l’Éducation permanente. Pour lancer le projet, il nous a semblé plus facile de commencer en créant deux groupes : un groupe avec les enfants et un groupe avec les adultes. Dans les deux groupes, on chante à deux ou à trois voix. Parfois du MOZART. Il est intéressant de signaler qu’à son époque, la musique était partagée, chantée par des amateurs. Ce n’était pas réservé à une élite !
L’atelier bénéficie aussi de l’apport d’une chanteuse professionnelle, Christine LAMY, qui aide les participants à travaillerer leur voix, à interpréter et respecter la musique telle qu’elle est écrite.
Écriture interactive
Ce travail de rendre accessible la musique, gratuitement et avec des gens compétents, fut un point de départ de l’investissement des jeunes et des anciens. « Et pourquoi pas nous ? On est aussi capables de comprendre cette musique ! »
En plus du travail musical, vocal, il y a tout un travail sur le jeu d’acteur, d’improvisations, d’échanges. La lecture collective du livret donne lieu à pas mal de réactions. Les personnages se construisent en fonction des capacités et de la personnalité de chacun. Parfois cela engendre d’intéressantes discussions sur l’interprétation. Lorsque la lune se plaint ainsi : « Je veux ma liberté, depuis des lustres, je ne luis plus », faut-il chanter ce texte de manière un peu éthérée, parce que la lune ne peut être que sereine ou de manière plus violente parce qu’elle se révolte contre sa condition ? Que suggère l’écriture musicale ? Une jeune fille de 14 ans ne sentira et ne chantera pas le morceau de la même manière qu’une femme de 40 ans. Des questions du même ordre se posent pour les chimères, trois personnages qui n’en forment en réalité qu’un seul : sont-elles solidaires ou bien chacune désire-t-elle se distinguer ou se séparer des autres, sont-elles plutôt séductrices, baveuses, agressives, généreuses, anthropophages, ou tout ça à la fois ?
Après les séances hebdomadaires de travail en groupe, nous nous retrouvons à trois (Ben HAMIDOU, Gennaro PITISCI et moi) pour définir, écrire, faire évoluer les personnages, les symboliques, le fil rouge de l’opéra, en fonction des réactions de nos acteurs en herbe. Je mets en mots et en musique le résultat de nos cogitations, le fait vérifier par mes deux collaborateurs et nous apportons le fruit de ces échanges lors des moments de travail en groupe. Chaque modification est ainsi testée dans la semaine qui suit. Ça marche ou ça ne marche pas, je le sais tout de suite.
De nouvelles partitions arrivent ainsi régulièrement. Les chanteurs attendent ces modifications qui sont le fruit des réajustements proposés. Parfois, entre deux séances, je reçois un SMS pour demander où j’en suis dans la réécriture. Signe de l’intérêt de cette collaboration.
La musique porte
J’écris la musique en fonction de l’histoire et des réactions des chanteurs. C’est de la musique contemporaine, pas facile, mais basée sur une véritable expérience sonore, construite sur les émotions et les sentiments des personnages. C’est parce que l’œuvre est en construction, en interaction, que la musique est accessible.
J’ai constaté, à ma grande surprise que, les gens ont moins d’à priori que ce que je craignais. L’oreille est ouverte. Je pense que la sauce prend parce que nous avons constamment expliqué le sens de la musique, au fur et à mesure que je l’écrivais. La musique porte l’émotion du personnage, elle est un écho des sentiments. Il faut une distorsion quand on se moque d’un personnage. La musique induit le rythme et l’émotion du personnage quand il chante. Mais la musique est aussi indépendante du texte quand elle est décor, trame de fond.
Je n’essaye pas de faire du folklore. La musique est universelle. J’apporte évidemment ce que je suis, mais je n’ai aucune volonté d’intégrer les cultures qui me traversent et me nourrissent. J’ai été élevé dans une musique mélodique, à une voix. Or mon boulot est justement d’habiller ces mélodies, c’est ça qui m’intéresse.
Ce nouvel opéra sera intitulé Safina ce qui signifie le bateau, la chaloupe. Le point de départ fut le drame de ces hommes et ces femmes qui traversent les mers dans l’espoir d’une vie meilleure, dans la recherche d’un Eldorado. Deux jeunes entament cette traversée, meurent, mais leur voyage continue après la mort. Il y a un parallélisme entre la réalité, dure, et une vision fantastique du voyage. Tout recommence tout le temps.
Un projet pareil dure deux ans. C’est l’envie et le travail collectif qui tiennent les gens en haleine. Ils ont besoin de nous et on a besoin d’eux. C’est ce partage, cet équilibre qui fait toute la force et la beauté d’une telle entreprise.

